La Deuxième Première Fois avec un Whisky

Ce n’est pas un secret, la première fois qu’on goûte à un produit peut être déterminante dans notre appréciation de celui-ci.

À travers les événements et les dégustations que j’anime (participer à « Sens ce whisky » le 21 mai 2019 à Qc), je me rends compte que beaucoup ont eu de mauvaises expériences à leur première approche du whisky.  Alors si on prenait le temps de refaire une première fois ?

Avant d’aller plus loin, versez-vous un whisky : idéalement, 1/2 once dans un verre en forme de tulipe, si vous n’avez pas de verre à dégustation de whisky,  mais ne le sentez pas tout de suite et surtout n’y goûter pas avant que je vous le dise.

Pour aimer votre première fois, le contexte, les gens présents, le temps alloué pour goûter le produit, la qualité de celui-ci et aussi la connaissance des détails historiques ou de fabrication du whisky auront assurément un impact sur votre expérience et votre désir d’y revenir.  Mais pour l’instant installez-vous confortablement et concentrons-nous sur la bonne technique à avoir pour le découvrir, l’apprivoiser et le savourer à sa juste valeur.

Petite parenthèse, je le dis à tous ceux qui veulent bien m’écouter et je le répète encore ici :  svp, ne faites par l’erreur de commencer avec un whisky « pas cher », « un bon rapport qualité-prix » ou « une entrée de gamme ».  Choisissez un bon produit, sinon tout simplement le meilleur disponible, comme vous le feriez pour découvrir des sushis par exemple. Est-ce qu’il vous viendrait à l’idée de dire : je n’ai jamais mangé de sushis et j’aimerais y goûter alors je vais aller me chercher une boite de sushis congelés au dépanneur, comme ça je vais vraiment savoir si j’aime les sushis ? Fin de la parenthèse.

Si l’on veut mettre un chiffre, disons que 80% de la dégustation du whisky est faite avec le nez, alors prenons le temps de bien comprendre cet aspect de la dégustation. Par la suite, la langue va capter l’amertume, la texture (huileux ou aqueux), la minéralité, le sucre, l’acidité, le piquant et le métallique et évidemment, la brûlure de l’alcool.  Nous y reviendrons.

La cavité nasale contient des récepteurs qui captent les particules dans l’air.  C’est une combinaison de particules chimiques qui, une fois captée, rappelle à votre cerveau le souvenir d’une odeur, d’un lieu, d’un plat, d’un événement, d’une personne, etc.

Même si en théorie notre nez peut reconnaître plus de 1000 milliards d’odeurs différentes, la réalité est un peu différente. Vos capteurs sont plus ou moins sensibles à certaines particules et ont aussi des capacités différentes de celles d’une autre personne.  Certains sont incapables de sentir des groupes d’odeurs (hyposmie) et d’autres ne sentent aucune odeur de façon temporaire (rhume ou autres maladies) ou de façon permanente (anosmie).  Enfin, une très faible partie de la population a, pour le meilleur et pour le pire, des capacités olfactives bien au-delà de la moyenne (hyperosmie).

Puis quand vient le temps de décrire les odeurs, on se retrouve face à un obstacle de taille. En ce qui a trait aux couleurs, il existe des chartes pour en décrire des milliers avec précision. Mais le langage commun pour facilement identifier et décrire les odeurs n’existe pas de façon détaillée.  C’est pourquoi on va mémoriser une odeur en l’associant à un objet, un lieu ou une personne, ce qui est très subjectif.  Même en disant « ça sent le gâteau aux fruits », le problème est que pour moi, le gâteau aux fruits est celui de ma mère et que pour vous, c’est peut-être celui du IGA.  Actuellement, différentes roues des saveurs des whiskies sont disponibles sur internet et elles vous aideront à acquérir un langage de base propre à ce produit.  Mais ça reste encore une fois assez sommaire et surtout, il n’y a pas de consensus.

De plus, comme nous inspirons plusieurs particules en même temps, incluant les odeurs des personnes et des lieux qui nous entourent, une difficulté consiste à séparer ces odeurs et à les identifier.  C’est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît alors ne soyez pas découragés si vous n’y parvenez pas dès le début.  C’est comme n’importe quoi, avec la pratique vous vous améliorerez. Commencer votre entrainement en comparant des odeurs : prenez 2 whiskies en même temps et décrivez-les un par rapport à l’autre.

En résumé, chaque personne a des capacités biologiques différentes pour capter les odeurs et les mots nécessaires pour les décrire n’existent pas nécessairement, c’est pourquoi il faut se référer à des descriptions subjectives. Vraisemblablement, la description du whisky relève donc plus de l’art que de la science.

On y est !

Après cette longue introduction, mettons tout ça en pratique en 6 étapes.  Si vous avez suivi mes instructions, vous avez un verre de whisky qui est versé depuis quelques minutes déjà. Laissons de côté la dégustation complète et concentrons-nous encore une fois sur le 80% qui est relatif à l’odorat.

  • Quand on approche un alcool de 40% à 60% et plus, il faut avoir un peu de retenu pour l’apprécier.  Y planter le nez directement ne vous fera sentir que l’alcool et vos détecteurs d’odeurs seront engourdis pour la suite de la dégustation.  Approchez le verre doucement en le laissant à 10, 15 ou même 20 centimètres pour une première approche et découvrez les odeurs les plus légères qui s’échappent du verre. Vous aurez de belles surprises dès cette étape. Plus vous laissez le verre respirer, plus les vapeurs d’alcool seront diffuses et plus le whisky sera accessible. Certains ajoutent de l’eau pour abaisser le taux d’alcool, mais je préfère, et de loin, donner du temps à mon whisky et le laisser respirer tranquillement.
  • Vous pouvez maintenant pencher votre verre à l’horizontale.  Vous comprenez ici tout l’intérêt d’avoir un verre à dégustation bombée sur les côtés. Encore une fois, approchez votre nez doucement, cette fois-ci par le haut de l’ouverture et prenez le temps d’inspirer doucement puis de le refaire plus rapidement. Vos capteurs de particules vont capter certaines odeurs plus rapidement tandis que d’autres odeurs prendront plus de temps à être captées, d’où l’intérêt de varier le rythme des inspirations.
  • En descendant doucement votre nez dans l’ouverture du verre et en le gardant à une distance d’environ 3 à 5 centimètres, prenez des inspirations à chaque centimètre que vous descendez.  Vous découvrirez toute la richesse du whisky.  Comme les odeurs ont un poids chaque groupe d’odeurs à son niveau dans le verre : les odeurs florales en haut, au bas les odeurs plus terreuses et entre les deux, les odeurs fruitées, les céréales et les épices.  Si vous descendez doucement, vous pourrez arrêter dès que vous sentez les picotements de l’alcool qui se trouve au bas, à la surface du whisky.  On veut éviter d’engourdir nos capteurs olfactifs.
  • Une fois rendu en bas, après quelques inspirations pour sentir chaque niveau, mettez votre verre de côté pour quelques instants afin de remettre à zéro vos capteurs olfactifs puis recommencez par le haut en sentant seulement avec une narine, puis recommencez avec l’autre. En effet, chaque narine ne vous permet pas de sentir exactement de la même façon, le flux d’air étant 80%-20% entre les 2.  Sachez aussi que ce flux d’air va s’inverser aux 2 à 3 heures.  Prenez votre temps.  Quelquefois, je me rends à la fin de cette étape 4 après 45, 60 ou même 90 minutes.  Le whisky évolue et vous sentirez des variations quelques fois surprenantes.

Nous voici rendu à l’étape de goûter.

  • Prenez une très petite gorgée. Encore plus petite que ce que vous pensez être « une petite gorgée ».  2 ou 3 millilitres seulement.  Laissez le whisky au milieu de la langue et mélangez-le avec votre salive justement produite en réaction à l’alcool qui attaque votre bouche.  Le taux d’alcool va instantanément diminuer à un taux très raisonnable.  Vous pouvez le garder quelques secondes (10-15-20) en bouche. Respirez par le nez en ouvrant votre palais pour que les saveurs en bouche remontent vers l’arrière vers vos capteurs d’odeurs (rétro-olfaction).  Ne faites pas entrer de l’air par la bouche comme avec le vin, vous feriez seulement rendre l’alcool plus brûlant et désagréable en bouche.
  • Avalez maintenant le whisky : vous ne sentirez aucune brûlure de l’alcool.  Aucune grimace typique d’un alcool à 50% qu’on avale à grosse gorgée en vitesse.  Après l’avoir avalé, prenez le temps d’inspirer par la bouche et d’expirer par le nez.  La rétro-olfaction est un grand plaisir des whiskies.  Certains scotchs whiskies feront sentir leur présence pendant des heures après en avoir pris une gorgée.

Voilà, votre première gorgée est prise et il est fort à parier que vous avez découvert votre whisky comme vous ne l’avez jamais fait auparavant.  Je vous le souhaite !

En terminant, n’oubliez pas que même les spécialistes n’arrivent pas à identifier, noter et décrire le même whisky de façon constante en dégustation à l’aveugle. Alors on peut se pratiquer et s’améliorer dans notre perception des odeurs, mais gardons en tête que personne n’a « la » vérité dans ce domaine.

Trucs pratiques :

  • Utilisez une des nombreuses roues des saveurs que vous trouverez sur internet pour vous aider à identifier des groupes de goûts dans un premier temps : fruité, floral, terreux, fumée, céréales.  Par la suite, vous essayerez d’être plus précis.
  • Enregistrez les odeurs qui vous entourent.  Vous épluchez une clémentine, changez vos pneus de vélos ou plantez des fleurs, prenez le temps de consciemment sentir et enregistrer ces odeurs. Ce sont des références que vous pourrez réutiliser plus tard.
  • Pour faciliter la dégustation du whisky, achetez des petits verres à dégustation appropriés : https://passionwhiskyquebec.com/mini-verre-de-type-glencairn-enfin-accessible-facilement/
  • Participez à une soirée de « formation-découverte : sens ce whisky » le 21 mai à Québec.  Détails et inscriptions ici (en date du 13 mai il reste 4 places seulement) https://passionwhiskyquebec.com/services/formation-decouverte-sens-ce-whisky/

Je vous encourage à boire votre whisky comme vous le voulez.  Le but est d’avoir du plaisir.  Si par la méthode d’approche du whisky je vous ai aidé, vous ou un de vos amis, à découvrir et à apprécier le whisky, je serais très content d’en entendre parler.  Faites-moi part de vos expériences en remplissant le formulaire sur la page web de Passion Whisky Québec.

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Sources:  

Crédit photos : 

  • “Iconic whisky, single malts & more », par Cyrille Mald et Alexandre Vingtier
  • Cork Whiskey Society
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